dimanche, novembre 02, 2025

DEMENAGEMENT I

 

 


Bien sur, il ne le voit pas, mais il y a de l’agitation. Des meubles qu’on bouge, des gens qui passent. Il n’avait plus l’habitude de voir tant de gens à la fois, affairés en plus. Quand il travaillait à l’usine, ah oui ça bougeait partout, ça courait, ça riait aussi. Et puis il y avait des filles et des femmes, elles aussi voulaient rompre la monotonie des jours. Ah lala que d’amours splendides il avait vécues et rêvées. 
Mais aujourd’hui c’est autre chose.

Il n’entend pas le soudain silence qui s’est fait.

Il ne voit pas la porte qui s’ouvre.

Il ne sent pas les mains qui soulèvent son corps.

Il ne sent pas l’odeur du bois du cercueil qui l’accueille.

Il ne vibre pas au choc du couvercle qu’on referme.

Il ne sait rien de son dernier déménagement.

 

lundi, octobre 27, 2025

LES ARTISTES SONT MENTEURS

 

 


 

La mer jazze son tempo. Une vague après l'autre, une vague chassant l'autre. 
De toute façon, c'est de l'eau, les vagues n'existent pas vraiment.

Au bout de l'Avenue - à cette heure encore quasiment déserte, le soleil commence à poindre derrière des bouts de nuit. Il fait froid, il n'y a pas de vent.

Martin est fatigué d'avoir mal dormi sur la plage, avec le sable qui gratte dans les chaussettes. Les cafés sont encore fermés; il reste quelques euros de l'argent que maman lui a donné, ça fait longtemps, enfin, il a l'impression que ça fait dix ans ! Il a voyagé en stop pour économiser, sou après sou, euro après euro.

Il remonte l'avenue, face au soleil naissant. Les mouettes le saluent de leur cris, on ne sait jamais si elles sont en colère ou joyeuses. Mais c'est lui qu'elles saluent, il n'y a personne d'autre sur les trottoirs.
Les immeubles qui longent l'avenue commencent à s'animer, ça fait du bien à Martin, une porte claque, un homme sort un vélo, une voiture passe, un scooter pétarade.  Une femme à pied, le dos courbé les mains croisées, seule, triste, hugotte à petits pas.

Il l'aborde poliment "bonjour madame, pouvez-vous m'indiquer où est la gare, s'il vous plait?" 

"- La gare ??"
"- Oui madame, la gare SNCF..." il est un peu surpris de la question.
"- Ah monsieur, nous sommes à Perpignan ici. Il n'y a pas de gare à Perpignan, vous ne le savez pas ?" 
"- Mais..." il respire un grand coup "Mais... On m'avait dit... la Gare de Perpignan... Dali Dali..." La tête lui tourne.
"- On vous aura menti, il n'y a pas de gare ici ! "

La femme poursuit son chemin puis s'envole parmi les mouettes. "C'est vrai" pense Martin "nous sommes au bord de la mer, il y a des mouettes"
"- Ou bien ce sont des goélands..."

jeudi, octobre 16, 2025

Carnet de Compagne

 


 

 Il y avait un quartier à Marseille, proche de la gare Saint Charles. Je ne me rappelle plus son nom, "îlot Dubois" je crois.

Le quartier avait été promis à la démolition et vidé de ses habitants. Puis des pelleteuses et des bulldozers avaient commencé leur travail, avant qu'une grève, ou un défaut de financement ou une difficulté administrative n'interrompe les travaux quelque temps.

Le quartier n'avait pas été clôturé, il était possible de s'y promener. Au milieu de l'étrange silence qui y régnait je m'y aventurais un dimanche matin, un matin d'automne sous un ciel nuageux.

Ce fut un moment suspendu dans l'éternité, passé et présent mêlés. On pouvait voir dans les maisons éventrées la trace des anciens occupants.

Un immeuble de deux ou trois étages avait perdu sa façade. Devant lui une pelleteuse semblait un gros insecte endormi, paisible. On y voyait une salle de bains encore intacte, ou presque, le lavabo antique, la baignoire avec des pieds tordus et un bidet. Les murs étaient peints en vert. 
Un peu plus loin, ou un autre étage, un salon vide de meubles avec un papier peint écaillé à motif de fleurs rouges sur un fond jaune paille, une porte percée et déformée ouverte vers on ne sait où, on ne sait qui. 

C'était un quartier populaire. Une façade encore debout indiquait fièrement "HOTEL DU SIECLE" et un panonceau informait que l'on pouvait louer des chambres "à partir de 10 Francs". 
Au début de la rue, un bâtiment entièrement détruit laissait un espace qui paraissait étrangement vide. Il en restait un tas de gravats, qui résumait les générations y ayant vécu.

J'ai pris des photos de cet îlot, je ne les retrouve plus mais je m'en souviens pourtant. 
Je découvris plus tard qu'un collectif d'architecte en avait dressé une élévation complète. Les bâtiments étaient restitués dans leur beauté initiale et ils avaient été beaux ! puis au fil des décennies ils s'étaient dégradés et le quartier avait accueilli les passagers impécunieux arrivant à Marseille, par la gare et par le port, venant des colonies comme on disait avant. 10 Francs la chambre !

Voilà ce qui reste d'un square où se sont installées les baraques de chantier, voilà un immeuble éventré montrant ses tripes comme une femme ou un homme nu qui se montre sans pudeur. Et là bas c'est un petit tas de gravats en partance pour la décharge.

Mon enfance aurait pu s'y dérouler, dans des appartements semblables, avec des papiers peints semblables et les mêmes salles de bains.

Le silence laisse entendre les voix assourdies venues du passé
"-Abdel, tu me prêtes ton vélo?"
"- Eh bien, y'a dégun? ils sont partis ?"
"- Oh madame ! c'est pas cher, tenez..."
"-...ton ballon... on va au square..."


Depuis le quartier a été réhabilité avec une bibliothèque universitaire, des bureaux. Des logements peut-être. Je n'y suis jamais retourné, j'ai l'impression que ce serait trahir ceux qui y ont vécu, même une seule nuit, ceux qui s'y sont aimés, ceux qui y sont nés et ceux qui y sont morts. 

lundi, octobre 13, 2025

CORNELIUS aime CORNELIA. Comment s'appelle leur fils ?

 


J'ai envie de mordre
Mordre à mort. Faire mal. Casser, un bras par exemple, une main.

Je ne le ferai pas, bien entendu
mais j'en ai envie ! Ca me démange, ça me dérange, ça me gratte, ça m'explose du dedans. Surtout la nuit.

Ou bien étrangler.

C'est quand je pense aux hommes pollittiques de notre pays; avec deux "t" et deux "l" parce que, pour la politique, j'ai encore assez de respect pour ne pas faire de fautes d'orthographe.
Tous, Macron, Mélenchon, Le Pendella, Retaïaut qu'il faudrait chasser, tous.

...
Et puis la nuit, 
...
et puis le matin.
...
Je me lève, plein d'espoir. 
...
Ils sont encore là!

lundi, octobre 18, 2021

L'Homme le plus Fort du Monde est un Con

 

 
 

Dans les moments d’inévitable solitude, je m’applique à la lenteur et l’attention aux gestes quotidiens. Me raser le matin, préparer mes affaires pour la journée, le repassage, faire pipi, que sais-je encore ?

Inévitablement là aussi, mon esprit s’échappe, non dans des hauteurs spirituelles ou philosophiques mais dans des rêveries informes.


Lorsque j’étais petit, je rêvais beaucoup et tout le temps mais je ne sais pas à quoi. Je rêvais, c’est tout. Adolescent, adulte, bientôt vieillard ça a continué et je n’arrive toujours pas à savoir à quoi je rêve. Ca paraît invraisemblable mais c’est comme ça.


Zazen n’y a rien fait, les milliers d’heures assis sur mon coussin m’ont apporté tout autre chose (je crois), même s’il y eut un moment où je pris conscience de certains rêves, des rêves pas beaux. J’y jetais violemment un bébé contre un rocher.


Depuis, sans doute qu’un repli secret de ma psyché a rejeté ces délires dans l’ombre, ou l’oubli. Ou bien j’ai dépassé ce stade sanglant de tueur de bébés, en route vers la lumière et la paix ? Je ne sais pas et en attendant de savoir, je cuis mes nouilles lentement, avec attention. Une par une.



Hypothèse aux rires en famille : un hérisson, toutes piques dehors, qui voudrait qu’on le caresse

 

dimanche, octobre 10, 2021

UN PERRIER SANS BULLES

 

 


 

 

J’ai reconstruit des souvenirs, à partir de la réalité peut-être, à laquelle s’ajoutent l’oubli et les émotions, une goutte de mythologie personnelle (sans doute) et dix années où tant de choses et d’êtres sont arrivés.


Revenir là où je vivais il y a dix ans est une erreur. Le lieu n’est plus le même, ni la maison ni le quartier. Ni moi. Et pourtant, et pourtant !


Un monde de rosée

Rien que ce monde de rosée

Et pourtant, et pourtant !

(Je crois que c’est) Issa 


Passent les jours et passent les semaines,

ni temps passé ni les amours reviennent

Sous le pont Mirabeau…


Les poètes ont tout dit mais au lieu de les écouter je les récite.



Chaque fois que j’aime un haïku, je crois que Issa en est l’auteur.

Je dois aimer Issa

 

mercredi, février 13, 2019

Le Vélo Arabe


Je crois que c'est une statue de Giordano Bruno + une mouette





Je suis la goutte tu es le vase
je suis faite eau tu es cristal
je suis la larme et la tristesse tu es l'accueil et la tendresse
j'ai la promesse du vin tu es sa certitude

tu me contiens  
je t'appartiens pour un instant
sur mon chemin vers l'océan

Je m'en irai
peut-être qu'un jour je reviendrai
si tu n'es pas brisé avant
tu es l'accueil et la tendresse je suis la larme et la tristesse

si tu n'es pas brisé avant
je reviendrai je m'en irai
je m'en irai ô mon amant
si tu n'es pas brisé avant





        Hypothèse à la sérénité : la rigueur moins la rigueur
        Hypothèse à la rumeur étrange : Bien sûr elle court, mais à reculons, à reculons


Incertitude ô mes délices
vous et moi nous nous en allons
comme s'en vont les écrevisses
à reculons à reculons
                      Apollinaire (le bestiaire)

dimanche, février 03, 2019

Thierry La Fronde




































La force de l'émotion
La puissance des images est telle qu'elle abolit, pour un temps ou pour tout le temps, le raisonnement.
L'image, et la video plus encore, abolit l'avant et l'après, elle est sa propre vérité, complète en elle-même.


Un mensonge mille fois dit…
devient une vérité.

Tout le monde a le droit de s'exprimer,
Et toutes les opinions se valent, puisque pour être déclarée vraie il suffit de s'appuyer sur UN fait fût-il faux.

Google et Facebook
Enferment par la puissance de leurs algorithmes, dans une bulle de "mêmes".

deux personnes opposées politiquement, l’une de droite, l’autre de gauche, lancent une recherche Google avec le mot « BP ». La première reçoit, classés en tête de recherche, des informations sur les possibilités d’investir dans la British Petroleum. La seconde sur la dernière marée noire qu’elle a causée. Pariser en conclut que l’algorithme de Google, en criblant les comportements en ligne de deux personnalités, a identifié leur posture politique. Cette sélection étant permanente, dans tous les domaines – politique, lecture, voyages, culture, etc – Google et ses associés finissent par les confiner dans ce qu’il appelle une bulle cognitive. Eli Pariser s’en alerte : « Les filtres de personnalisation servent une sorte d’autopropagnade invisible : nous endoctriner avec nos propres idées, amplifier nos désirs pour des choses familières, et nous laissant inconscients des dangers cachés des territoires inconnus. »

Google et FB véhiculent des messages, le plus souvent en images (il suffit de voir la différence de nombre de vues entre vidéos et textes…), déconnectés de leurs sources et dont la vérité n'est pas établie puisque ce n'est 
pas leur problème, 
pas leur compétence 
et encore moins leur source de revenus par milliers de milliards, sans payer d'impôts au passage.



Je vois le tombereau de conneries que Facebook véhicule, chacun enrichi de centaines de commentaires haineux, primaires, intolérants à toute parole qui diffère du cadre de sa propre bulle dans laquelle ils ou elles se sont laissé enfermer, contents, satisfaits d'avoir raison.

Décourageant.
Hitler ni Staline n'ont réussi à faire tomber la démocratie, à travers les démocraties imparfaites, inachevées et fragiles. Ce qu'ils n'ont pas réussi, un algorithme multipliant la bêtise par le nombre de like, y parviendra t-il ?


Nota : pour une fois, ce n'est pas moi qui ai pris la photo