mardi, juin 07, 2016

NE PAS TOUCHER SVP





Histoire de Rosette (1)



Nous avions dressé la table près de la petite entrée du jardin, celle qui donne sur le chemin creux et ensuite il n'y avait plus que des champs, à l'époque il y avait des champs. C'était le début de l'été, on y trouvait des fruits, de grosses cerises rouges qui me faisaient penser au jardin de grand-mère et des melons nains mais sucrés. Quand grand-mère est morte je n'ai plus voulu manger de cerises et j'ai recommencé ce jour-là. Pensez ! le jour de mon mariage ! et avec l'homme de ma vie en plus. Peut-on être plus heureux que je l'ai été en cet instant ? Je ne crois pas. Surtout que nous n'avons pas eu d'enfants. Si on en avait eu, je ne sais pas.

Oncle Albert était fou de joie, j'étais sa préférée, il m'avait toujours couverte de cadeaux alors là, le jour de mon mariage… faut dire que je lui ressemble beaucoup, toujours jamais d'accord, râleuse mais bonne poire au fond.

Maman qui pleurait en mangeant ses gâteaux et qui croyait qu'on ne se verrait plus et que je l'oublierai mais je ne l'ai pas oubliée, elle tellement douce qui ne savait jamais quand on plaisantait, elle prenait tout au pied de la lettre, si naïve elle était. Papa, lui, ne savait pas trop quelle attitude prendre, comme d'habitude il hésitait entre son plaisir et ce qu'il croyait être une dignité grave et un peu lourde, celle du père. J'aurais préféré que pour une fois il soit seulement "papa".

Et toute la famille était venue, les pelletées de cousins et de cousines avec les histoires des gamins que nous avions été, les souvenirs de vacances passées ensemble, on se dépêchait de se les raconter, on avait peur que ce soit la dernière fois et puis on n'était pas si pressés que ça de devenir adultes. J'étais l'aînée et la première à me marier, ça faisait une rupture et tout le monde se posait des questions au fond du cœur.

Maman aussi en mangeant ses gâteaux.

Les amis et les voisins étaient là, on a toujours été tribu chez nous, on est du midi.

Du côté de Henri, c'est mon mari, il y avait moins de monde et ils n'étaient pas très à l'aise au milieu de notre agitation, de notre bruit, maman qui avait fini par pleurer, papa qui la consolait ça lui donnait une contenance et puis il aimait bien consoler maman, et les oncles et les tantes qui donnaient leurs conseils et parlaient fort pour se faire entendre, et les cousins et les amis et les voisins. Mais je me rappelle, comment elle s'appelait déjà ? une jeune femme qui riait beaucoup et elle a chanté, elle chantait bien, ah oui, Rosette.

Tellement joyeuse, elle est revenue deux ou trois fois nous voir mais ce n'était pas vraiment pour nous qu'elle revenait. Je le voyais bien, moi; mais Henri, c'est mon mari, il n'a rien vu, c'est un homme, il est comme les autres. Elle cherchait quelqu'un. Elle n'était pas comme les autres, elle était attirante avec sa joie de vivre.

Elle chantait, elle m'a dit qu'elle chantait, ou elle était chanteuse, je ne sais plus. Attendez, je dois avoir un mot qu'elle avait écrit sur le livre d'or de mon mariage, je l'ai gardé, j'ai tout gardé même le sermon du maire je lui ai demandé de me l'écrire, j'ai tout gardé. Rosette elle avait écrit un mot gentil mais étrange elle dit qu'il faut être comme l'eau et comme le vent pour aimer vraiment, elle était comme ça, on ne comprenait pas tout.

Elle cherchait une femme qui était à notre mariage, une femme, je ne l'ai pas dit à Henri, c'est mon mari, c'est un homme vous savez, il est comme les autres…

(à suivre…)

samedi, mai 21, 2016

MOURIR VIVANT



Pour ceux que cela intéresse, Je vous présente trois façons originales de mourir

Première façon
La masse brune des rochers, l'envol des mouettes. Leur cri contre la falaise. Encore quelques secondes, puis ce sera seulement son corps dans le vide. Parce que lui, il est déjà mort.


Deuxième façon
Il y a cinq marches à monter et cinq pas à faire

en montant les marches penser à...
... mieux connaître le nom des fleurs
... à n'aimer personne, on n'aura pas de regrets
... au Golfe de Guinée après une bonne baise

en faisant cinq pas penser à ...
... écrire plus souvent à ceux qu'on ne peut s'empêcher d'aimer, malgré tout
...à l'horloge du salon toujours en retard
... au temps qu'il fera demain, la pluie menace

En mettant la tête sur le billot penser à ...
... SCHLAKKKKKKKKKKKKK!! ne plus penser

Troisième façon
"Mon chéri, à table!!"

"J'arrive mon amour, qu'as tu préparé ce soir ?"
"Des champignons..."




Poésie (raccourcie)
Un poisson
D'argent
Nage en
Rond

jeudi, mai 19, 2016

Les olives vertes et les noires




j'aime le tuyau qui rentre dans la tête de cet homme dessiné.


Pas de vent, ciel bleu, mer calme. Un enfant tient la main de son père et pleure. Le père est très grand, il tient dans l'autre main un cornet de glace rouge rose violette. Il regarde du côté de la mer, non pas la mer mais une jeune femme très court vêtue qui marche en téléphonant et qui rit.
Puis le père regarde son fils, lui tend la glace que l'enfant refuse en agitant sa tête et en pleurant plus fort. Alors le père lèche la glace en regardant s'éloigner la jeune femme.





Vous l'avez peut-être vue cette photo de deux jeunes femmes souriantes, qui au cours d'une manif portent un panneau "sous le pont d'Avignon, on va pendre tous les patrons". Génial, ça rime.
Mais quand la connerie s'allie à la méchanceté, les lendemains ne chantent pas.


mercredi, mai 11, 2016

Ligne Maginot





(Natacha)
Dans l'incendie des fleurs,
mille et une couleurs plus une
mille et une odeurs, plus une
quand tu es là



9 Mai 2016 vers 8h00 le matin, Corniche Kennedy à Marseille
Un gros bateau blanc est posé juste sur la ligne d'horizon. Un couple japonais, lui petit elle très petite, parlent avec animation, de grands gestes et des éclats de voix. Puis ils se taisent et regardent le gros bateau blanc posé juste sur la ligne d'horizon.


lundi, mai 02, 2016

SONGE D'UNE NUIT D'ETE





Il… "Il" ce pourrait être un bon début pour commencer un long roman, 242 pages pleines de souffrances et d'interrogations, de rebondissements, de rires, d'espoirs, de meurtres et de résurrections. C'est un remède à l'angoisse de la page blanche, puisqu'après avoir écrit "Il" la page n'est plus blanche et il n'y a plus qu'à continuer d'écrire (la preuve !).
D'emblée le lecteur est pris à partie, qui est ce "il" ? que fait-"il" et quel âge a t-"il" ?… Il (le lecteur) s'interroge et a envie de continuer sa lecture, c'est automatique.
Ensuite, il faut trouver un deuxième mot aussi percutant que le premier, aussi chargé de mystères et de rêves. "Marche" c'est pas mal, il y a de l'action immédiate, et il y a une direction puisqu'"il" va quelque part, forcément. Donc "il marche" est un excellent début, la moitié d'un Goncourt au moins. Pour la suite c'est facile, le plus dur étant de démarrer.





Marseille Place Jean Jaurès

Je regardais les étoiles. Peu à peu je n'entendis plus la musique ni les cris. Mais j'entendais plus loin, d'une maison aux fenêtres ouvertes, quelques éclats de voix et des notes d'une musique différente. Il y avait même quelques oiseaux de la ville, des gabians bien sûr mais pas seulement eux, d'autres que je ne connaissais pas, que je n'avais jamais remarqués. Tout cela dans un étrange silence.
Cela dura quelques instants, puis je revins Place Jean Jaurès, j'entendis à nouveau les cris, la musique sortie d'une mauvaise radio et le bruit d'une bouteille qui se brise.


jeudi, avril 28, 2016

LAISSE BETON








"Attends… mais attends… attends bon sang !!!!"
Ce sont les derniers mots que j'ai entendus de lui. J'étais en train de mettre le karcher en route. Le karcher, il était à fond et bien sûr  papa est tombé du muret, tête la première dans le béton encore frais. Il s'est assommé sur le coup et j'ai pas pu le tirer de là vu que mes bottes en caoutchouc étaient elles aussi prises dans le béton. Et puis j'étais pas assez fort, j'ai que six ans. On a dû laisser la tête dans la fondation et le cou aussi, et on a enterré le reste ce matin.

On est triste, on lui avait dit à papa que c'était pas une bonne idée, de bricoler un dimanche. Maman lui a dit qu'il avait la tête trop dure et qu'il sait pas bricoler papa, ni faire du béton, ni planter un clou alors quand il a voulu couler les fondations, qu'il a fait un grand trou et acheté une bétonnière et un karcher en promotion, on s'est dit que ça finirait mal mais maman a dit qu'on l'aurait quand même notre maison, avec l'assurance vie... Je sais pas qui c'est l'assurance vie, je le connais pas.