lundi, octobre 27, 2025

LES ARTISTES SONT MENTEURS

 

 


 

La mer jazze son tempo. Une vague après l'autre, une vague chassant l'autre. 
De toute façon, c'est de l'eau, les vagues n'existent pas vraiment.

Au bout de l'Avenue - à cette heure encore quasiment déserte, le soleil commence à poindre derrière des bouts de nuit. Il fait froid, il n'y a pas de vent.

Martin est fatigué d'avoir mal dormi sur la plage, avec le sable qui gratte dans les chaussettes. Les cafés sont encore fermés; il reste quelques euros de l'argent que maman lui a donné, ça fait longtemps, enfin, il a l'impression que ça fait dix ans ! Il a voyagé en stop pour économiser, sou après sou, euro après euro.

Il remonte l'avenue, face au soleil naissant. Les mouettes le saluent de leur cris, on ne sait jamais si elles sont en colère ou joyeuses. Mais c'est lui qu'elles saluent, il n'y a personne d'autre sur les trottoirs.
Les immeubles qui longent l'avenue commencent à s'animer, ça fait du bien à Martin, une porte claque, un homme sort un vélo, une voiture passe, un scooter pétarade.  Une femme à pied, le dos courbé les mains croisées, seule, triste, hugotte à petits pas.

Il l'aborde poliment "bonjour madame, pouvez-vous m'indiquer où est la gare, s'il vous plait?" 

"- La gare ??"
"- Oui madame, la gare SNCF..." il est un peu surpris de la question.
"- Ah monsieur, nous sommes à Perpignan ici. Il n'y a pas de gare à Perpignan, vous ne le savez pas ?" 
"- Mais..." il respire un grand coup "Mais... On m'avait dit... la Gare de Perpignan... Dali Dali..." La tête lui tourne.
"- On vous aura menti, il n'y a pas de gare ici ! "

La femme poursuit son chemin puis s'envole parmi les mouettes. "C'est vrai" pense Martin "nous sommes au bord de la mer, il y a des mouettes"
"- Ou bien ce sont des goélands..."

jeudi, octobre 16, 2025

Carnet de Compagne

 


 

 Il y avait un quartier à Marseille, proche de la gare Saint Charles. Je ne me rappelle plus son nom, "îlot Dubois" je crois.

Le quartier avait été promis à la démolition et vidé de ses habitants. Puis des pelleteuses et des bulldozers avaient commencé leur travail, avant qu'une grève, ou un défaut de financement ou une difficulté administrative n'interrompe les travaux quelque temps.

Le quartier n'avait pas été clôturé, il était possible de s'y promener. Au milieu de l'étrange silence qui y régnait je m'y aventurais un dimanche matin, un matin d'automne sous un ciel nuageux.

Ce fut un moment suspendu dans l'éternité, passé et présent mêlés. On pouvait voir dans les maisons éventrées la trace des anciens occupants.

Un immeuble de deux ou trois étages avait perdu sa façade. Devant lui une pelleteuse semblait un gros insecte endormi, paisible. On y voyait une salle de bains encore intacte, ou presque, le lavabo antique, la baignoire avec des pieds tordus et un bidet. Les murs étaient peints en vert. 
Un peu plus loin, ou un autre étage, un salon vide de meubles avec un papier peint écaillé à motif de fleurs rouges sur un fond jaune paille, une porte percée et déformée ouverte vers on ne sait où, on ne sait qui. 

C'était un quartier populaire. Une façade encore debout indiquait fièrement "HOTEL DU SIECLE" et un panonceau informait que l'on pouvait louer des chambres "à partir de 10 Francs". 
Au début de la rue, un bâtiment entièrement détruit laissait un espace qui paraissait étrangement vide. Il en restait un tas de gravats, qui résumait les générations y ayant vécu.

J'ai pris des photos de cet îlot, je ne les retrouve plus mais je m'en souviens pourtant. 
Je découvris plus tard qu'un collectif d'architecte en avait dressé une élévation complète. Les bâtiments étaient restitués dans leur beauté initiale et ils avaient été beaux ! puis au fil des décennies ils s'étaient dégradés et le quartier avait accueilli les passagers impécunieux arrivant à Marseille, par la gare et par le port, venant des colonies comme on disait avant. 10 Francs la chambre !

Voilà ce qui reste d'un square où se sont installées les baraques de chantier, voilà un immeuble éventré montrant ses tripes comme une femme ou un homme nu qui se montre sans pudeur. Et là bas c'est un petit tas de gravats en partance pour la décharge.

Mon enfance aurait pu s'y dérouler, dans des appartements semblables, avec des papiers peints semblables et les mêmes salles de bains.

Le silence laisse entendre les voix assourdies venues du passé
"-Abdel, tu me prêtes ton vélo?"
"- Eh bien, y'a dégun? ils sont partis ?"
"- Oh madame ! c'est pas cher, tenez..."
"-...ton ballon... on va au square..."


Depuis le quartier a été réhabilité avec une bibliothèque universitaire, des bureaux. Des logements peut-être. Je n'y suis jamais retourné, j'ai l'impression que ce serait trahir ceux qui y ont vécu, même une seule nuit, ceux qui s'y sont aimés, ceux qui y sont nés et ceux qui y sont morts. 

lundi, octobre 13, 2025

CORNELIUS aime CORNELIA. Comment s'appelle leur fils ?

 


J'ai envie de mordre
Mordre à mort. Faire mal. Casser, un bras par exemple, une main.

Je ne le ferai pas, bien entendu
mais j'en ai envie ! Ca me démange, ça me dérange, ça me gratte, ça m'explose du dedans. Surtout la nuit.

Ou bien étrangler.

C'est quand je pense aux hommes pollittiques de notre pays; avec deux "t" et deux "l" parce que, pour la politique, j'ai encore assez de respect pour ne pas faire de fautes d'orthographe.
Tous, Macron, Mélenchon, Le Pendella, Retaïaut qu'il faudrait chasser, tous.

...
Et puis la nuit, 
...
et puis le matin.
...
Je me lève, plein d'espoir. 
...
Ils sont encore là!